L'interview | Roland Chauville
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Je suis particulièrement fier de l’expertise que le Centre pour les droits civils et politiques (CCPR) a développée pour accompagner les organisations non gouvernementales (ONG) et les défenseurs des droits humains. Nous les aidons à accéder aux programmes et mécanismes des Nations Unies (ONU) en matière de droits humains, notamment au Comité des droits de l’homme. Cette architecture internationale peut s'avérer complexe à comprendre et à mobiliser. En dix-huit ans d’existence, le Centre a acquis un véritable savoir-faire : rendre les mécanismes onusiens plus accessibles aux acteurs de terrain.
Nous avons également tissé une relation étroite avec le Comité des droits de l’homme. Composé de 18 experts indépendants, il examine la manière dont les États respectent et mettent en œuvre le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Cette collaboration renforce l’impact et la pertinence du Centre CCPR. Nous occupons ainsi une place spécifique au sein de l’écosystème genevois des droits humains.
En termes d’impact, le travail du Centre a directement contribué à l’adoption par le Comité d’une procédure de suivi innovante et quasiment unique, fondée sur un système d’évaluation allant de A à E afin de mesurer le degré de mise en œuvre, par les États, des recommandations prioritaires. Le Centre a joué un rôle déterminant dans la conception et la promotion de ce dispositif, qui constitue aujourd’hui un véritable cadre de redevabilité. Au cours des quinze dernières années, plus de 1 000 recommandations adressées à plus de 90 pays ont ainsi été évaluées par le Comité, et près de 45 % d’entre elles ont donné lieu à des avancées concrètes. Le Centre a également institutionnalisé l’organisation de missions de suivi dans les pays, auxquelles participent des membres du Comité.
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Le fait que l’ensemble des programmes et organismes des Nations Unies actifs dans le domaine des droits humains soient réunis à Genève nous permet d’échanger facilement avec les collaborateurs de l’ONU, les représentants des États, les ONG et les experts. Cela favorise les rencontres, les collaborations et le partage d’informations.
La communauté des droits humains est particulièrement forte lorsqu’elle agit collectivement, et cette concentration exceptionnelle d’acteurs sur un territoire relativement restreint crée des synergies uniques au monde. Elle facilite la circulation de l’information et renforce l’efficacité des actions menées en commun.
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Je remets constamment en question ce que nous faisons et la manière dont nous le faisons, en gardant toujours à l’esprit les défenseurs des droits humains que nous accompagnons sur le terrain. Je m’intéresse également au fonctionnement des autres organisations, à leurs réalisations et aux grandes évolutions qui façonnent notre environnement.
J’ai une réelle volonté d’explorer de nouvelles approches afin de rendre le Centre CCPR toujours plus efficace dans sa mission de faciliter l’accès aux mécanismes onusiens de protection des droits humains. La capacité d’adaptation est essentielle, en particulier pour une ONG de taille relativement modeste, dans un contexte mondial et un environnement de financement en perpétuelle mutation. Nous devons donc sans cesse nous réinventer.
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Le développement de l’intelligence artificielle transforme profondément nos sociétés, tant dans nos interactions que dans notre manière de travailler, et ses effets se feront sentir pendant de nombreuses années. Ces avancées suscitent également chez moi de profondes préoccupations quant à ses implications pour les droits civils et politiques, en particulier la liberté d’expression et le droit de vote. Nous devons à la fois saisir les opportunités offertes par certaines applications de l’intelligence artificielle et travailler collectivement à en limiter les risques pour les droits humains. Trouver le juste équilibre sera essentiel pour accompagner cette évolution rapide.
J’ai également été inspiré par la création de la Fondation pour l’adaptation de la Genève internationale. Cette initiative de financement public-privé intervient à un moment particulièrement opportun et offre un fort potentiel pour aider les ONG à s’adapter aux transformations en cours.
Enfin, l'année 2026 marque le 60ᵉ anniversaire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, un texte fondateur du droit international des droits humains. À cette occasion, nous sommes heureux d’annoncer une exposition qui se tiendra en juillet sur le quai Wilson. Elle retracera l’histoire et l’évolution du Pacte, tout en mettant en lumière ses dispositions les plus emblématiques. Celles-ci seront illustrées par des dessins de presse réalisés dans le cadre d’un partenariat avec Cartooning for Peace. L’exposition bénéficie notamment du soutien du canton et de la Ville de Genève et donnera également lieu à une publication.
Cet anniversaire intervient à un moment charnière de notre histoire contemporaine, marqué par une érosion préoccupante des droits humains à travers le monde. Face à cette crise multidimensionnelle des droits civils et politiques, la commémoration du Pacte revêt une importance particulière. Elle rappelle l’engagement solennel de la communauté internationale à respecter et protéger ces droits inaliénables, réaffirme leur caractère universel et indivisible et souligne le rôle essentiel des mécanismes internationaux de protection des droits humains, dont beaucoup sont établis à Genève.
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Ouverte, solidaire et résiliente.
Biographie de Roland Chauville
En savoir plus sur le CCPR
![]() | Voir l'exposition sur le Quai WilsonPublication "60e anniversaire du Pacte international relatif aux droits civils et politique" |
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